Les sénateurs burundais inquiétés par l’inefficacité de l’action des ONG étrangères

20729681_10213821267831129_6532708623269536601_nLes sénateurs burundais ont exprimé ce mardi 8 août 2017 leurs inquiétudes au sujet de l’efficacité de l’action des Organisations non gouvernementales (ONG) étrangères, au cours d’une séance de questions orales avec débat adressées au ministre des Relations extérieures et de la Coopération internationale sur le fonctionnement des ONG étrangères (ONGE).

Le président du Sénat, M. Révérien Ndikuriyo, a estimé que les ONGE n’ont pas l’objectif de développer les pays bénéficiaires de l’aide. Le Burundi reçoit l’aide au développement depuis qu’il est indépendant, il y a 55 ans, mais il n’est pas en mesure de fabriquer la houe, un outil agricole très simple, alors que 99% de la population vit de l’agriculture, a-t-il dit. Il a reproché à ces ONGE de travailler même dans le sens inverse du développement. On les agrée en croyant qu’elles viennent contribuer au développement alors que non.

M. Ndikuriyo a critiqué certaines actions des ONGE, comme la distribution de la farine importée pour la bouillie. D’après lui, cela aurait été plus ou moins intéressant si la farine était achetée sur place pour que les producteurs des céréales puissent vendre et développer leur agriculture. Le président du sénat a néanmoins reconnu qu’il existe quelques ONGE qui travaillent bien et produisent des impacts sur terrain, comme ADRA Danemark qui a offert à la province Makamba cinq millions de dollars. Il a insisté sur le choix des ONGE à agréer, à les affecter dans les zones qui sont dans le besoin et le contrôle régulier de leurs activités. Il a également demandé au ministre en charge des Relations internationales d’organiser une journée de réflexion avec les ONGE et les élus du peuple pour dire ce qu’elles réalisent avec leurs fonds.

La vice-présente de la commission permanente chargée des questions politiques, diplomatiques, de défense et de sécurité, Mme Emérence Ahishakiye, qui a lu les questions posées au ministre, a noté que la loi du 23 janvier 2017 portant cadre général de la coopération entre la République du Burundi et les ONGE vise à rendre efficace l’aide au développement accordée au Burundi à travers les ONGE. Les objectifs du gouvernement du Burundi consistent à intégrer l’aide en question dans les circuits administratifs et financiers du Burundi, à résoudre le désordre et la confusion qui s’étaient installés dans le domaine des ONGE et à pallier aux cas de conflit de compétence et d’intérêt qui s’observaient entre les responsables des départements ministériels intervenant dans la gestion de l’aide en général et ceux passant par les ONGE en particulier.

La loi vient en outre donner une réponse à un constat amer selon lequel une grande partie de l’aide au développement est affectée au fonctionnement des ONGE au détriment des activités de développement. Mme Ahishakiye a rappelé que la mise sur pied de ce cadre légal est le résultat des recommandations formulées lors d’un forum rassemblant les ministres des Relations internationales des pays donateurs et ceux des pays bénéficiaires de l’aide tenu en mars 2005. Il est bien ressorti de cette rencontre que les pays bénéficiaires de l’aide au développement assurent la coordination de l’action d’appui au développement, tandis que les pays donateurs s’alignent sur les stratégies de développement des pays en voie de développement.

Dans ses réponses aux questions des sénateurs, le ministre des Relations extérieures et de la Coopération internationale, M. Aimé Alain Nyamitwe, a dit que ce serait l’idéal si on pouvait vivre sans ONG, précisant que les ONGE existent au Burundi parce que le pays accepte leur présence, compte tenu de leur contribution. Il a fait remarquer que le rôle principal de développement du pays incombe à l’Etat et que les ONG apportent leurs appuis en complément là où c’est nécessaire. D’après lui, il revient au pays de faire le choix des ONGE à agréer, en tenant compte des besoins du pays de déterminer leurs domaines et zones d’intervention. Il a également insisté sur le respect des conventions signées par ces ONGE. Le ministre Nyamitwe a épousé l’idée d’organiser une journée de réflexion réunissant les ONGE et les élus du peuple.

BUJUMBURA, 8 août (ABP)

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2 commentaires sur “Les sénateurs burundais inquiétés par l’inefficacité de l’action des ONG étrangères

  1. Sans risque de me tromper, je peux affirmer qu’un petit nombre de pays se seraient tirés du calvaire de pauvreté grâce à l’aide au développement. Il en est de même des programmes de développement comme les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) des années 1980, le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) /Document stratégique pour la réduction de la Pauvreté (DSLP) en vogue dont les impacts restent limités.
    La responsabilité est beaucoup plus du côté du bénéficiaire de l’aide quoi que le donateur ne soit pas non plus saint. En effet, dans la plupart des cas, les bénéficiaires de l’aide préfèrent ne pas négocier la forme de l’aide étant donné la situation de grande urgence dans lesquels ils se trouvent. Le donateur ayant tout le pouvoir sur son argent répartit le budget tel que plus de la moitié retourne chez lui, soit sous forme de salaire versé au coopérant technique qui accompagne l’aide, soit d’une autre manière. Ce qui fâche le plus c’est que le pays bénéficiaire sera considéré comme ayant consommé 100% alors qu’il en a utilisé que moins de la moitié.
    Par ailleurs, avec la situation d’urgence éternelle dans lequel semble se trouver la plupart des pays en développement, ces derniers ne négocient guère l’aide qu’ils souhaitent. C’est le financier qui décide dans quelle région et dans quel domaine opéré quel que soit les priorités du bénéficiaire. Le financier n’écoute pas le bénéficiaire, ou ce dernier ne sait pas ce qu’il veut ou ne veut pas s’exprimer tout simplement. Cette situation est à l’origine de l’échec de la plupart des interventions des bailleurs de fonds.
    D’un autre côté, soit les financiers imposent de longues procédures pour les décaissements de l’aide promise, soit les procédures de passation des marchés à l’interne ne permettent pas de faire avancer les choses rapidement. Ce qui occasionne un faible taux de décaissement, ce qui pénalise le pays bénéficiaire qui voit le budget lui accordé tombé en annulation. Cela fera que l’enveloppe allouée au pays l’exercice suivant soit revue à la baisse.
    Pour clore, il sera difficile qu’un pays se développe, si la motivation n’est pas interne. Nous ne devons pas attendre la BM ou le FMI, ou autres puissances pour nous montrer ce qu’il faut faire. Les élites du pays, chacune dans sa spécialité, indépendamment des différences de vues politiques, religieuses, doivent s’asseoir pour discuter les besoins réels qui sont les leurs. Et, ce n’est pas si compliquer que cela. Si tout le monde saura voir dans l’autre ce qui est de positif et qui peut le faire avancer, ce sera le début du développement.
    Sinon, si nous devrions attendre le FMI ou la BM pour penser à notre place, surtout que même les chiffres, sur lesquels ils pourraient baser leurs recherches s’ils veulent le faire là aussi, sont inexistants ou truqués, les pays en développement still have a long way to go.
    Par contre, il y a une possibilité ne fût-ce que de mettre à jour les points faibles qui inhibent les impacts de certaines intervention de développement.

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    • C’est tout à fait vrai. Seulement, il serait important que les dirigeants savent répartir l’aide jusqu’au plus démuni car on dirait que certaines aides viennent appuyer les hommes déjà riche.
      Donc c’est le contraire. Faudrait-il encore que les donateurs fassent du monitoring avec les administrations à la base et les plus démunis (destinataires des aides) sinon tout est une peine perdue.

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