Le facilitateur du dialogue inter-burundais indigne les femmes par son parti-pris

Burundi-juliette-nijimbere-690x450« Le facilitateur prend en charge le processus de participation ; il s’assure que tous les membres contribuent au dialogue sans peur et dans les meilleures conditions… »

De Yorck von Korff et Isabelle Guetta.

Le conflit burundais, consécutif au troisième mandat forcé du président Pierre Nkurunziza au mépris de la Constitution et des Accords d’Arusha, place le facilitateur dudit conflit sur des charbons ardents. Désigné médiateur par la Communauté Est-Africaine, le président ougandais Yoweri K. Museveni s’est choisi l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapa comme facilitateur. Depuis deux ans que dure le conflit, avec sa cohorte de morts, de disparus, de torturés, de violées, de mutilés, d’emprisonnés et de réfugiés, Mkapa a organisé plusieurs consultations qui n’aboutissent à rien. Il vient de lancer des invitations à la plupart des représentants des associations de défense des droits de l’homme, des médias, des femmes et des jeunes vivant à l’extérieur du Burundi. Mais le dialogue proprement dit ne semble pas pour demain puisque les autorités burundaises refusent de rencontrer la plupart de leurs adversaires . Au point de se demander si ces consultations ont un sens ou ne servent qu’à amuser la galerie.

Qu’est-ce qui bloque réellement ce processus?

Plusieurs éléments s’enchevêtrent. On peut penser que, déjà, la définition des termes n’est pas nette. Car, au vu des agissements du facilitateur, peut-on certifier que ce dernier a clairement reçu ses attributions ? Sait-il que ce que les parties attendent d’abord de lui, c’est un comportement d’ouverture et d’écoute non entaché de partialité ? Le facilitateur est censé amener les acteurs à s’écouter et à se comprendre, dans le respect mutuel. Or M. Mpaka est très souvent accusé par les observateurs et acteurs de prendre parti et, pire, de se laisser influencer, sinon manipuler. Comment peut-il accepter de se laisser dicter sa conduite, au point de se retrouver pieds et poings liés par le pouvoir de Bujumbura?

Des certitudes ou des rumeurs?

Dans de pareils cas, on pourrait penser que ceux qui accusent affabulent. Qu’ils cherchent à charger l’adversaire pour lui faire perdre la face ou brouiller les pistes. Loin de là. En tant que femmes, en dehors de la paix et du rétablissement de la sécurité, nous n’avons pas d’intérêts particuliers à défendre. Nous ne sommes pas habiles au jeu du croc-en-jambe. Et nous n‘aimons pas jouer perdantes. Aussi, nous préférons parler de faits tangibles. Ils sont légion, mais contentons-nous de trois: les parties au conflit, les mandats d’arrêt, les termes de participation aux consultations.

Les parties au conflit

Le facilitateur semble ne pas bien identifier les parties au conflit. En effet, alors que les médias, la société civile, hommes, femmes, jeunes, et certains partis politiques se sont dressés face au pouvoir pour réclamer, certains au prix de leur sang, le respect de la légalité constitutionnelle, le facilitateur ne les considère pas comme des interlocuteurs valables. Mais s’il n’ y a pas de protagonistes, comment explique-t-il le conflit ?

Les mandats d’arrêt

Sur les invitations de certains membres de la société civile, il est bien spécifié qu’ils devront déléguer un représentant qui ne soit pas sous mandat d’arrêt international; c’est une allusion aux fameux mandats d’arrêt délivrés par le pouvoir illégal et illégitime de Pierre Nkurunziza aux manifestants et à ceux qui ont dit « non » à son troisième mandat. Serait-il possible que le facilitateur soit le seul à ne pas se rendre compte qu’on ne peut pas être juge et partie ? Ces mandats, délivrés par le pouvoir de Bujumbura contre des adversaires qui l’accusent de crimes innommables, ont été rejetés par tous les pays du monde et par Interpol. Ce sont des mandats émis pour gagner du temps et affaiblir les contestataires et autres lanceurs d’alerte.

Les termes de participation aux consultations

L’invitation de la société civile burundaise aux consultations des 24 et 25 Mai 2017 laisse planer une grande inquiétude et de lourdes suspicions. Car le pays hôte, la Tanzanie, demande aux personnes invitées de signer une décharge de responsabilité sécuritaire à son endroit. Comment est-ce possible? Les participants sont-ils censés assurer leur propre sécurité ? Comment? Un plan machiavélique serait-il en cours et le facilitateur prendrait-il ses dispositions pour s’en dédouaner à l’avance? Si, dans le contexte de coups bas à la burundaise, un(e) délégué(e) était assassiné(e) ou enlevé(e), le facilitateur qui l’a invité s’en laverait-il les mains ? Est-ce une stratégie pour faire peur à la société civile et empêcher ses représentants de répondre à l’invitation et faire ainsi la part belle au pouvoir de Bujumbura ?

Que demandons-nous ?

En tant que femmes éprises de paix, de sécurité et de légalité, nous demandons l’équité. Que la vie de chaque être humain soit sacrée, indépendamment de ses convictions, quelles qu’elles soient. Que le facilitateur soit digne de la confiance et de la fonction lui impartie. Qu’il s’implique dans le conflit burundais non pas pour des intérêts partisans, mais pour le peuple burundais tout entier. Nous voulons que tout soit mis en place pour que nos enfants retrouvent une vie sereine, où ils ne sont pas confrontés au sang au quotidien. Nous voulons également qu’on nous laisse accéder aux plus hautes sphères de décision pour crier notre ras-le-bol. Nous sommes, comme toujours, prêtes à investir notre énergie dans la vie. Nous en avons marre d’enfanter pour enterrer !!!

Si la facilitation de la Communauté Est-Africaine piétine, ne faudrait-il pas envisager une autre alternative?

 

17 mai 2017, https://afrique.lalibre.be

 

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