Deux ans après le plébiscite du président Nkurunziza pour un troisième mandat le Burundi n’est pas dans une impasse

33108118384_d25b488264_zDeux ans après le plébiscite du président Nkurunziza pour un troisième mandat le Burundi n’est pas dans une impasse.

Contrairement à ce que les médias européens s’efforcent d’affirmer, le Burundi n’est pas dans une impasse. En date du 25 avril 2015, le parti CNDD-FDD présentait au peuple burundais celui qui devait le représenter dans la compétition électorale pour le fauteuil présidentiel. Pierre Nkurunziza fut plébiscité sur fond de fronde interne et de protestations des opposants et des activistes de la société civile. Les détracteurs de la candidature de Nkurunziza faisaient remarquer que ce président alors sortant avait épuisé ses deux mandats conformément à l’esprit et la lettre de l’accord d’Arusha. Et d’en conclure que le mandat allait être illégal.

Dans un pays où la justice est aux ordres ou plutôt fait des courbettes devant l’exécutif, les détracteurs du CNDD-FDD jugèrent inutile de s’adresser à la cour constitutionnelle pour lui demander de se prononcer sur la légalité de ladite candidature. Ils choisirent une autre voie extrême: l’insurrection.

Dès l’aube du 26 avril 2015, les axes routiers, avenues et rues de certains quartiers de la capitale furent barricadés. La population fut sommée par les insurgés soit de rester terrée chez elle soit de se joindre au mouvement insurrectionnel.

Alors que les organisateurs de l’insurrection criaient sur toutes les antennes des radios locales et étrangères gagnées à leur cause qu’il s’agissait de manifestations pacifiques, la population de Bujumbura se réveillait sous les fumées des pneus brûlés, des gargotes démolies et des provocations à outrance envers les forces de sécurité. Il suffisait d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Et comme il fallait s’y attendre, le bras de fer entre insurgés et les forces de l’ordre tourna vite à l’affrontement violent. Il y eut des blessés et dès le premier jour de l’insurrection, un mort. Jean Népomuscène Komezamahoro. Un martyr, puisque le regretté tomba sous les balles d’un policier à la gâchette facile. Paix à l’âme de Komezamahoro. Condoléances à sa famille.

On connaît la suite. Le mouvement insurrectionnel fut limité à certains quartiers de la capitale et à quelques communes du Sud du pays. Ce qui poussa certains analystes à souligner la coloration ethnique du mouvement bien que ses défenseurs et les jeunes déversés dans la rue appartiennent à toutes les composantes ethniques. Le supplice du collier infligé à un jeune de l’ethnie hutue du côté de Nyakabiga vint conforter l’approche d’une coloration ethnique. Paix à l’âme de Misago. Un autre martyr peu médiatisé. Pourquoi ce supplicié oublié?

En prétendant contester une candidature, l’insurrection a réveillé les vieux démons des Burundais. Il faut dire, en toute honnêteté, que le troisième mandat fut un prétexte. Ce qui était rejeté n’était ni moins ni plus que le système CNDD-FFD: il avait déçu les attentes nourries au lendemain des élections de 2005 et la gestion du pays était devenue une gabegie.

Exit le CNDD-FDD si facilement? Miné de l’intérieur par les appétits gloutons des leaders et leur incompétence notoire, attaqué minutieusement par les Occidentaux qui en avaient marre de la médiocrité et des malversations de tous genres, malmené par les activistes et les médias avec des relais internationaux puissants, d’aucuns ne donnaient pas chère la peau du CNDD-FDD. Ce fut une grave erreur d’appréciation.

La tentative de putsch des 13 et 14 mai 2015 perpétrée dans la précipitation, ne pouvait aboutir que sur un autre fiasco.

Et les Burundais étaient partis pour une crise longue et profonde. Reprenant du poil de la bête, Nkurunziza et son noyau qui mène le CNDD-FDD redressèrent la crinière comme des lions dans la jungle. Bonjour la boucherie à ciel ouvert!

Chaque jour au Burundi, il est rapporté des assassinats, des disparitions, des enlèvements. Chaque jour apporte aux Burundais une couche de boue sur le cœur, comme un peuple qui se meurt debout. Il n’y a pas d’impasse. Car le Burundi ne peut jamais être ramené à la mascarade de dialogue qui s’organise sporadiquement à Arusha: les politiciens burundais s’illustrent bons élèves des Occidentaux lorsqu’il s’agit de se partager leur pays comme de l’Afrique lors de la conférence de Berlin en 1896!

La réalité sur terrain est tout autre. La résistance existe et tient bon. La preuve? Voilà deux ans que le président Nkurunziza se cache comme une taupe dans les mille collines. Les présidents du Soudan et du Zimbabwe, mis pourtant sur le ban de la communauté internationale, effectuent des voyages à l’étranger. Notre soi-disant homme fort de Bujumbura renforce sans cesse sa garde, se déplace sous haute escorte comme un criminel que les agents de sécurité déplacent d’une cellule de prison à une autre. Il a trouvé une exutoire: chanter et contraindre sa clique de clamer que tout va bien! On ne peut pas parler de comble du cynisme pour un dirigeant qui passe son chemin lorsque les cadavres de ses compatriotes jonchent les rues de la capitale: il va jouer au football sous haute surveillance comme si de rien n’était! Les victimes de décembre 2015 étaient présentes comme des assaillants ayant eu le toupet de s’attaquer aux camps militaires. La vérité sur ladite attaque est loin d’être dite. Comme il en fut des assassinats des généraux Adolphe Nshimirimana, Kararuza, du colonel Jean Bikomagu, de Zédi Féruzi, Hafsa Mossi etc. Silence sur les réfugiés car le Burundi exporte la paix vers la République Centrafricaine, la Somalie, Haiti ou Côte d’Ivoire!

Non, deux ans après le plébiscite de Nkurunziza pour un troisième mandant, le Burundi ne connaît aucune impasse. La situation socio-économique se dégrade à vue d’oeil. Pour contourner le gel des aides européennes, Nkurunziza et sa clique recourent aux contrebandes: trafic des minerais, bradage du sous-sol comme ce fut le cas des terres rares,prolifération des narcotrafiquants,cotisations forcées requises des commerçants et investisseurs, détournements des aides alimentaires destinées aux vulnérables pour en faire des moyens de propagande partisane.

Deux ans après le plébiscite de Nkurunziza, le diable de la mort est revenu s’établir au Burundi comme il trône sur la Syrie, l’Irak ou la Libye. Nkurunziza et sa clique sentent venir le compte à rebours. Les bandes armées circulent à l’intérieur comme le long des frontières.

Pendant que dans le camp présidentiel la peur du revers de la médaille gonfle et que les défections sont plus que jamais redoutées, les réunions stratégiques se tiennent à l’intérieur comme à l’étranger. Puisqu’il faut éviter les erreurs de 2015.

Et pour flatter le satrape de Bujumbura et l’encourager dans son insolence folle, les médias parlent d’impasse. Comme si les Chinois et les Russes servaient réellement de rempart à un Etat voyou, un peuple aux abois qui tire le diable par la queue! Avec une armée minée par des dissensions si profondes, avec un entourage d’hypocrites et le sentiment personnel d’être traqué chaque jour, Nkurunziza va s’effondrer malgré sa bondieuserie et ses fausses prophéties. Il aura tout de même résisté plus que Fujimori. Deux ans dans la vie d’une nation, c’est déjà une page maculée des bains de sang que la sagesse de la négociation sur les motivations réelles des insurgés aurait évités aux Burundais.

Dans le contexte actuel de descente aux enfers, les Burundais risquent de toucher l’abîme avant de renaître à la lumière des lendemains qui s’annonçaient meilleurs en août 2005. Pour congédier le sort, des fois l’échec du leadership précipite la nation vers l’apocalypse afin de bien lever les yeux vers le bout du tunnel qui était pourtant resté à sa portée! Je persiste et signe: il n’ y pas d’impasse au Burundi.

Daniel Kabuto, écrivain.

Pays-Bas, 27 avril 2017

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2 commentaires sur “Deux ans après le plébiscite du président Nkurunziza pour un troisième mandat le Burundi n’est pas dans une impasse

  1. Kabuto a servi le pouvoir du CNDD-FDD. S’il a des choses à reprocher à ce pouvoir, il ne doit pas s’innocenter en jetant la pierre au pouvoir .puisqu’il est d’une façon ou d’une autre responsable de ce qui ne va pas dans ce pays. S’il y a des gens à condamner dans les perturbations que connaît le Burundi, les premiers responsables, ce sont les frondeurs. L’insurrection n’aurait pas fait un pas sans frondeurs et le monde a vu que Nkurunziza a été abandonné par les siens, il n’y a pas de raison que ce monde viennent à son secours. Mais tout indique que ce sont les impérialistes qui ont utilisé les frondeurs et d’autres groupes de la société . Ce Kabuto s’inscrit dans les frondeurs qui ont vendu le Burundi. C’est un traitre parmi tant d’autres. Le fait d’écrire cet article témoigne son arrogance qui n’a d’autre source le fait de se convaincre qu’il connaît mieux que quiconque le fonctionnement du CNDD-FDD. Il traite les dirigeants du Parti au pouvoir de médiocres . Lui, qui travaillait presqu’au sommet du pouvoir, qu’est-ce qu’il a fait pour améliorer le sort de la population,? peut- il nous donner au moins une de ses réalisations qui auraient améliorer le sort de la population ? Je ne pense pas qu’il y en a une.
    Pourtant, ça ne lui empêche pas de jeter la pierre à ceux qu’il voulait remplacer sans succès . On peut dire aussi que ce Kabuto est médiocre

    J'aime

  2. 1) »les politiciens burundais s’illustrent bons élèves des Occidentaux lorsqu’il s’agit de se partager leur pays comme de l’Afrique lors de la conférence de Berlin en 1896! »
    2) »Deux ans après le plébiscite de Nkurunziza, le diable de la mort est revenu s’établir au Burundi comme il trône sur la Syrie, l’Irak ou la Libye »
    3) »les réunions stratégiques se tiennent à l’intérieur comme à l’étranger. Puisqu’il faut éviter les erreurs de 2015. »
    4) »Deux ans dans la vie d’une nation, c’est déjà une page maculée des bains de sang que la sagesse de la négociation sur les motivations réelles des insurgés aurait évités aux Burundais. »

    Monsieur Daniel Kabuto,
    Avec ces quelques points que je viens de relever parmi tant d’autres,
    Quelle est la solution ?
    Qu’est ce que les peuples syriens, irakiens, libyens et burundais ont fait pour que le diable de la mort vienne trôner chez eux ?
    Dans ce cas avec qui faut-il négocier ? Le diable de la mort ou les insurgés ? Y a-t-il une sagesse pour négocier avec ce diable de la mort ?

    Ce n’est pas seulement le Burundi qui va s’écrouler, c’est le monde entier qui va vers l’abîme avec la totalité de la richesse mondiale détenue par moins de 1% de la population mondiale.
    On parle des pays pauvres pour distraire le monde sur les réalités qui attendent tout le monde.

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