Les solutions à nos problèmes viendront des Burundais eux-mêmes, respectueux de la loi et de la démocratie

16729086_1233117250071168_6254049169266278340_nComme chacun le sait, le gouvernement de la République du Burundi n’a pas envoyé de délégués à Arusha dans la session du 16 au 18 février 2017 sur le dialogue inter-burundais dont la facilitation, et non la médiation comme certains d’entre nous ont pris l’habitude de le dire, est assurée par l’ancien président tanzanien Benjamin William Mkapa, dont les autorités burundaises apprécient la détermination et les efforts désintéressés qu’il ne cesse de manifester, pour mener à bon port le processus de dialogue inter-burundais.

Pourquoi le gouvernement de la République du Burundi n’a-t-il pas envoyé de délégués ? Même quand tout a été dit et redit, il y a, dit-on, toujours quelque chose à dire. Essayons-nous, dans cet éditorial, à cet exercice.

En n’envoyant pas de délégués à Arusha, le gouvernement de la République du Burundi, exprimait un refus justifié de s’asseoir autour d’une même table avec des acteurs violents, notamment des putschistes recherchés par la justice burundaise. Il refusait ainsi d’engager des pourparlers de paix avec ceux qui combattent la paix, c’est-à-dire les détracteurs de la paix et de la sécurité à l’origine des manifestations violentes entamées le 26 avril 2015, ayant emporté la vie des populations innocentes et des forces de l’ordre, à l’origine également de la tentative de coup d’Etat du 13 mai 2015 rapidement déjouée par la vigilance des corps de défense et de sécurité. Le gouvernement de la République du Burundi refusait à juste titre de s’asseoir autour d’une même table avec les fossoyeurs de la démocratie qui cherchent le pouvoir au bout du canon alors que l’heure est à la voie des urnes. Parmi ces fossoyeurs de la démocratie figurent des récidivistes des putschs, dont Bernard Busokoza qui, à la faveur du dialogue interburundais d’Arusha, voudrait se blanchir ou se faire une nouvelle virginité. Il est à rappeler qu’il avait déjà échoué dans une tentative de putsch dirigée contre l’ancien et feu président Melchior Ndadaye, très peu de temps seulement avant son investiture à la magistrature suprême. Curieusement, il a été invité à Arusha malgré un passé chargé. En récidivant, il confirmait cet adage : « Chassez le naturel, il revient au galop ». Tout ce que le peuple burundais demande est que toutes ces personnes recherchées par la justice burundaise soient d’abord déférées devant les tribunaux pour y répondre de leurs actes, les questions demeurées sans réponses étant notamment : où sont nos femmes ? Où sont nos maris ? Où sont nos enfants disparus pendant les violences de 2015 à l’origine, rappelons-le, du putsch manqué du 13 mai 2015 ?

S’asseoir autour d’une même table pour dialoguer avec les putschistes et autres acteurs des violences signifierait que notre souveraineté ne serait que de pures formes et que ce seraient les détracteurs du peuple burundais qui détiendraient la véritable souveraineté. Parmi les détracteurs toujours prêts à se réjouir de nos difficultés figurent un Etat membre de l’Onu, le Rwanda, partageant les mêmes frontières avec le Burundi et dont le gouvernement déplore les actes d’agression et d’ingérence commis avec le silence complice de la communauté internationale, ce qui ne veut dire en aucun cas que notre pays se considère en conflit avec cette dernière dont il n’attend que compréhension et appui. Le Rwanda a une grande part dans la situation difficile que le pays traverse. Quelle trahison !

En même temps qu’il apprécie les efforts fournis par le facilitateur Benjamin William Mkapa, le peuple burundais ne se lasse pas de se demander pourquoi les problèmes posés à notre pays ne seraient pas traités sur le sol burundais, où de preuves tangibles des progrès réalisés sur la voie de la paix et du développement d’une dynamique nouvelle dans le dialogue intérieur, sont d’une évidence que nul n’oserait contester. Ne faudrait-il pas se départir de l’habitude chronique de chercher à l’extérieur des solutions à nos problèmes internes, les Burundais étant aujourd’hui convaincus que la consolidation de la paix, de l’unité, de la sécurité et de la démocratie ne viendra pas d’une terre étrangère ? Rapatrier le dialogue inter-burundais permettrait également aux Burundais dépourvus de moyens, mais disposés à la confrontation sereine et féconde de leurs différences, d’y participer. Rapatrier le dialogue inter-burundais permettrait aussi aux Burundais d’assurer aux décisions à prendre une réelle souveraineté.

Louis Kamwenubusa

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