Face au dialogue bloqué, Mkapa veut un sommet de l’EAC

benjamin-mkapaLe médiateur dans la crise burundaise, Benjamin Mkapa, a estimé dimanche urgent de convoquer un sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC) qui l’ont mandaté, afin d’étudier les « obstacles au processus » de paix au Burundi.

L’ancien président tanzanien a fait cette déclaration à l’issue de quatre jours de consultations stériles entre les parties à la crise burundaise, mais en l’absence notable du gouvernement, qui a boycotté cette session à Arusha (Tanzanie).

Les autorités burundaises y ont dénoncé la présence des figures de l’opposition en exil, qu’elles accusent d’être derrière la tentative de putsch des 13 et 14 mai 2015, au plus fort des manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza.

« Il est urgent de convoquer un sommet des chefs d’Etat chargé d’examiner les éléments posant un obstacle au processus » de dialogue interburundais, a annoncé M. Mkapa, dans une déclaration lue en session plénière et dont le texte est parvenu à l’AFP.

« Je me chargerai de communiquer ce désir au médiateur (principal, le président ougandais Yoweri Museveni) et au président du Sommet des chefs d’Etat de l’EAC dans les plus brefs délais », a ajouté M. Mkapa.

Il a assuré avoir noté « un consensus général sur les questions de fond » à aborder, estimant que « les désaccords » se situaient « au niveau de la mise en oeuvre des solutions ».

– Sommet avant fin février –

Selon une source diplomatique, « ce sommet serait prévu avant la fin du mois de février, (…), l?objectif est de faire endosser par les chefs d’Etat de la région le processus de négociation en cours et le projet d’accord de Mkapa pour qu’il s’impose à tous, notamment au gouvernement du Burundi qui est très réticent ».

M. Mkapa a également présenté les quatre grandes catégories au menu des prochaines négociations: les questions politiques, constitutionnelles, législatives et électorales, la situation socio-économique, les questions humanitaires et la sécurité.

M. Mkapa avait prévu un communiqué final dans lequel les parties dans lequel celles-ci s’engageaient contre la violence, à ne toucher ni à l’accord de paix d’Arusha signé en 2000 et « garant » de la paix au Burundi ni à la Constitution, et à parvenir d’urgence à un consensus sur l?organisation pacifique des élections de 2020.

L’accord d’Arusha a permis d’ouvrir la voie à la fin de la guerre civile (1993-2006) au Burundi en garantissant un savant équilibre politico-ethnique de partage du pouvoir.

Mais « il n’y a pas eu de consensus car les positions sont encore très éloignées entre un gouvernement qui ne veut parler que des élections de 2020 et du rapatriement du dialogue (à Bujumbura) d’un côté, et de l’autre une opposition qui demande un gouvernement de transition avec le départ du président Nkurunziza avant la fin de celle-ci », expliqué le diplomate.

« N’oubliez pas que le gouvernement et le parti au pouvoir refusent toujours de s’asseoir avec le Cnared », coalition regroupant la quasi-totalité de l’opposition au président Nkurunziza, a-t-il ajouté.

Une délégation du Cnared a rencontré M. Mkapa à deux reprises, mais n’a pas participé à la réunion plénière de clôture dimanche.

Le Cnared a accusé en décembre l’ancien président tanzanien d’avoir pris fait et cause pour le gouvernement burundais en estimant « légitime » l’élection de M. Nkurunziza en juillet 2015, alors que l’opposition estime ce 3e mandat contraire à la Constitution et la présidentielle irrégulière.

Le pouvoir burundais a multiplié cette semaine les gestes d’hostilité envers ce dialogue. Des milliers de personnes ont manifesté samedi contre les pourparlers à l’appel d’organisations proches du pouvoir, à Bujumbura et dans d’autres localités du pays.

M. Mkapa s’est engagé à arriver à un accord de paix définitif de sortie de crise au Burundi au plus tard fin juin 2017.

Ce petit pays d’Afrique centrale, dont l’histoire post-coloniale est jalonnée de massacres politico-ethniques, a plongé dans une grave crise depuis l’annonce en avril 2015 de la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat controversé.

Les émeutes, réprimées dans le sang, puis les violences politiques qui ont suivi ont fait de 500 à 1.000 morts selon les sources et poussé près de 400.000 personnes à quitter le pays.

le dimanche 19 février 2017 à 17h38 à Nairobi (AFP), http://www.lalibre.be/

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