Au Burundi, un ministre assassiné dans un pays en «grand danger de génocide»

979377-000_gg2fcLe ministre burundais de l’Environnement a été tué par balle, dimanche matin dans la capitale, Bujumbura, devenant le premier membre du gouvernement à être assassiné depuis que le Burundi a plongé dans une grave crise politique il y a près de deux ans.

Emmanuel Niyonkuru, 54 ans, ministre de l’Eau, de l’Environnement et de la Planification du Burundi, a été «tué par un homme armé d’une arme à feu, alors qu’il se rendait à son domicile [dans le quartier de] Rohero, vers 00 h 45» ce dimanche, selon un tweet du porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye. Il a ajouté qu’une femme avait été arrêtée après cet «assassinat» mais sans préciser d’autres circonstances. Sur Twitter, le président Nkurunziza a présenté ses condoléances «à la famille de la victime et à tous les Burundais», affirmant que ce crime ne resterait pas impuni.

500 personnes tuées

Le pays est en crise depuis la réélection controversée de Pierre Nkurunziza en 2015. Au moins 500 personnes ont été tuées et 300 000 ont choisi l’exil. En décembre, la ligue Iteka, organisation membre de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), a dénoncé une «recrudescence» au cours des trois derniers mois des arrestations et disparitions d’opposants, ainsi que le climat de «peur généralisée» instauré, selon elle, par les autorités.

Vendredi, le président Nkurunziza a pris le risque d’aggraver cette crise en suggérant qu’il pourrait se présenter à la prochaine présidentielle de 2020. «Le peuple peut décider chaque fois qu’il le désire [de réformer] la Constitution», a-t-il expliqué, sous-entendant ainsi qu’il était prêt à réviser l’actuelle Constitution qui prévoit que le chef de l’Etat «est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois».

Des divergences d’interprétation sont à l’origine de la crise actuelle. Nkurunziza avait été élu une première fois par le Parlement en 2005 dans le cadre d’un mécanisme de sortie de la guerre civile de 1993-2006 prévu par l’accord d’Arusha (2000), puis une deuxième fois au suffrage universel en 2010. Il considère que son premier mandat ne compte pas, ce qui l’a autorisé à se représenter fin avril 2015 à un troisième mandat, avant d’être réélu en juillet. L’opposition, la société civile et une partie de son camp ont au contraire jugé ce troisième mandat contraire à la Constitution et à l’accord d’Arusha, précipitant le pays dans une grave crise.

Si Emmanuel Niyonkuru est le premier ministre à être assassiné, d’autres personnalités du régime ont déjà été visées. Le général Adolphe Nshimirimana, considéré comme le bras droit du Président, a été tué en août 2015. Près d’un an plus tard, une ancienne ministre et porte-parole du gouvernement, Hafsa Mossi, a également été tuée par balle dans sa voiture.

«Crimes contre l’humanité»

L’assassinat du ministre de l’Environnement intervient aussi dans le contexte d’un resserrement du contrôle exercé par le régime. Vendredi, les députés ont adopté un projet de loi visant à mettre fin «au désordre et la confusion» dans le domaine des ONG internationales, accusées de soutenir l’opposition et alimenter l’insurrection, en imposant un contrôle strict de leurs finances et projets.

Le Burundi s’est aussi engagé en octobre dans un processus de retrait de la Cour pénale internationale (CPI) qui enquêtait sur les accusations de graves abus contre le gouvernement. Un rapport de l’ONU publié le mois précédent accusait Bujumbura d’être responsable de graves violations des droits de l’homme et a mis en garde contre de possibles «crimes contre l’humanité» et un «grand danger de génocide».

Par LIBERATION 1 janvier 2017 à 17:55

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