2016 : Journal du Patriote: Quant aux propos de Mkapa …

mkapa2016 : Journal du Patriote: Quant aux propos de Mkapa …

Il ne s’agit guère de débattre de nouveau sur ce que Mkapa a voulu dire en traitant de « fou » tout opposant qui pense que le régime de Bujumbura est illégitime. Peut-être, suffit-il juste de se rappeler que le CNARED n’a jamais été formellement invité en tant qu’opposition politique « légitime » aux négociations dérisoires d’Arusha pour savoir que ce régime de facto, aux yeux de la communauté internationale, semble légitime. A voir les entrées de sieurs Gaston, celles des frères Nyamitwe, il est légitime de se poser des questions. Évidemment, si on définit l’adjectif « légitime » comme la capacité d’être reçu, écouté, de gérer une économie moribonde, et de tuer tout citoyen qui ose porter une once de dissension. Là, rien à redire.

Par ailleurs, les propos de Mkapa révèlent le sentiment profond de la région des Grands Lacs, laquelle semble considérer l’immobilisme de la crise burundaise comme un fait accompli et proposera bientôt l’établissement d’un gouvernement d’union nationale afin de soi-disant « bien préparer » les élections de 2020.

Après tout, le retour au pays du lait et du miel de Sieur Ntibantunganya et dame Nzomukunda dans les jours qui viennent n’en sont que des preuves supplémentaires … le jeu du « wait and see » de Nkurunziza, et de la région (ne l’oublions pas) semble réussir et payer un retour décent sur les investissements engagés.

A cela, n’oublions pas d’ajouter la crise au Congo qui, en elle-même, est un facteur énorme qui précipitera le rejet de la crise burundaise aux oubliettes régionales. Et aux ténors de la communication de Bujumbura de s’écrier « il était une fois au Burundi, une résistance qui a perduré pendant un tout petit peu plus d’un an … et qui a fini par s’éteindre ». Hourra !!! Tout ceci semble logique.

Cependant. Il y a plus que cela … et c’est ce que Mkapa n’a pas dit … et que les ténors de la communication ont « oublié » de nous rappeler: c’est qu’il serait incorrect, et même imprudent, de réduire la résistance au CNARED et à quelques groupes armés.

Le CNDD-FDD le sait pour s’en être mordu les doigts à plusieurs reprises depuis 2005. En effet, la résistance burundaise présente des caractéristiques multiformes, dynamiques qui  évoluent avec le temps et les circonstances, lesquelles sont des traits propres à la culture et à l’histoire politico-culturelle de notre pays. Par exemple, lorsqu’en 2005, 2006, 2007 et 2008, le CNDD-FDD monte une lutte acharnée contre leurs opposants politiques, en entamant la stratégie notoire du « divide and rule » au sein de tous les partis y compris en le sien, en passant par le massacre systématique des membres du FNL, le régime pensait en avoir fini avec toute velléité d’opposition populaire.

C’était sans compter sur la faculté burundaise de s’ajuster aux circonstances sans en perdre pour autant de vue l’objectif à atteindre. Un bon exemple est la défaite de l’UPRONA aux élections en 1993, la tragédie des évènements qui s’en s’ont suivis et … le retour de Buyoya en 1996. L’acteur politique burundais, est par essence défiant, résiliant et … calculateur.

Loin de réduire au silence l’opposition, le CNDD-FDD s’est retrouvé à faire face à un monstre multiforme et multidimensionnel. En effet, pendant qu’ils étaient occupés à mater les opposants politiques, un autre danger s’est dessiné à l’horizon : une opposition inédite, hybride : la société civile. La société civile burundaise a ceci d’étrange qu’elle est composée des médias et d’une panoplie d’activistes pour les droits de l’homme. Elle va, parfois, jusqu’à collaborer avec l’opposition politique lorsque le besoin s’en fait sentir. On y ajoute, la frange d’artistes, des confessions religieuses, des jeunes désenchantés et progressivement radicalisés, officiers et sous-officiers, retraités et démobilisés, et on découvre une opposition hybride, à plusieurs têtes extrêmement difficiles à mater, encore moins à réduire au silence ou mieux encore, à vaincre. Car cette opposition n’évolue point de façon linéaire, et monoforme.

Ainsi, on se rappelle les manifestations lors de l’arrestation d’Hussein Radjabu, les évènements du 8 mars 2014, les manifestations lors de l’arrestation et libération du journaliste Bob Rugurika, etc. Qu’on y rajoute les signaux d’alerte des d’activistes comme Pierre-Claver Mbonimpa, Pacifique Nininahazwe, de Gabriel Rufyiri … sans oublier les attaques militaires passées sous silence, l’assassinat d’Adolphe, de Darius, la tentative d’assassinat de Sieur Willy Nyamitwe, les alliances panafricaines actuelles entre mouvements citoyens à travers tout le continent, pour arriver à une conclusion aussi incongrue qu’inquiétante pour tous ceux qui défendent la « légitimité » de Nkurunziza :

  1. Que l’opposition Burundaise ne peut être matée ou vaincue car elle est multidimensionnelle et possède une vie et un tempo propre à elle-même, indépendante et libre de toute pression, toute interférence gouvernementale ou régionale. En peu de mot, Nkurunziza ne peut rien contre son opposition. Il peut tuer, enlever, violer, la résistance pourra temporairement s’affaiblir mais elle ne disparaitra jamais…et probablement, comme pour tout régime dictatorial ne pourra que se durcir. La résistance burundaise s’inscrit dans un contexte qui va au-delà du CNARED et des groupes armés. Comme aux temps de la mythologie grecque : On coupe une tête, il y en a dix autres qui naissent.
  2. Que le CNDD-FDD, s’ils ne s’en sont pas encore aperçus, finiront par le comprendre…et c’est là que le mot « négociation » prendra dès lors tout son sens premier. Après tout, ils doivent bien se rappeler que bien après avoir cru qu’ils avaient vaincu le FNL, des ennemis hétéroclites, plus acharnés les uns que les autres, se sont levés : les médias, le MSD, l’UPD, des activistes comme Emmanuel Manirumva, Pierre Claver Mbonimpa … qu’on y ajoute des irréductibles comme Hussein Radjabu et on comprend bien que la fin sur cette crise est loin d’être écrite.

Finalement, si la défiance du régime actuel du CNDD-FDD dérange et surprend tout le monde, à commencer par la communauté internationale, on devrait se rappeler qu’étant lui-même issu du peuple burundais, il n’en possède guère le monopole : tout burundais se caractérise par cette faculté innée, culturelle, de tenir tête, s’obstiner et … ne jamais plier l’échine.

A BON ENTENDEUR …

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3 commentaires sur “2016 : Journal du Patriote: Quant aux propos de Mkapa …

  1. Mkapa est une personnalité qui a pu assister, du début à la fin, aux débats ayant abouti aux accords d’Arusha.C’est quelqu’un qui connaît ,mieux que quiconque, les problèmes dits et non dits des Burundais.De surcroît, son pays est une puissance régionnale.Je suis persuadé qu’on ne peut pas passer à côté de la position de la Tanzanie fâce à une crise qui secoue la région.

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  2. « tout burundais se caractérise par cette faculté innée, culturelle, de tenir tête, s’obstiner et … ne jamais plier l’échine. »
    1) de tenir tête :c’est une grande qualité quand on est dans son droit, dans la vérité et qu’on veut faire du bien au plus grand nombre et non guidé par l’égoisme.
    2) , s’obstiner et.. ce n’est pas une bonne qualité quand on s’oppose pour s’opposer ou pour défendre ses intérêts égoistes ou quand on est manipulé;là il nous faudrait changer de mentalité.
    3) ne jamais plier l’échine.: c’est une grande qualité quand est en train de défendre la vérité et la justice et non les mensonges. Quand on défend la vérité et la justice pour tous sans calcul politicien ou d’intérêt égoiste.

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    • Excellent article qui met du baume au cœur des découragés face au triomphe de l’international génocidaire. Mkapa est un apparatchik créé par Nyerere et qui ne pouvait faire autrement face à la lâcheté de l’EAC et l’irresponsabilité des NU toutes les deux supposées être garantes des Accords d’Arusha. N’oubliez pas que les NU ont laissé les Bosniaques se faire massacrer après les avoir convaincus de rendre les armes. Les tutsis burundais sont dans la même situation. Désarmés par l’EAC et les NU sans oublier la trahison vénale de l’UPRONA qui les a livrés poings et mains liés aux génocidaires. Mkapa a toujours été le suppôt des DD, l’inverse aurait étonné. Mais certains gestes sont plus éloquents que les paroles. Pendant que Mkapa aboyait sa sortie insensée, le deuxième homme fort du régime après son frère Willy, Alain Nyamitwe était pétrifié. Un body language qui en dit long sur la force du régime qui semble triomphant avec une capacité génocidaire totale.

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