Burundi : «Comment attirer l’attention sur un petit pays africain menacé de génocide ?»

965203-burundi-jpgUn cri d’alarme pour un pays où l’on massacre à huis clos : tel est le sens de la campagne lancée ce mardi par la Fédération internationale des droits de l’homme sur la situation tragique du pays.

«Notre film est un peu provocant ? Peut-être. Mais au fond, l’essentiel c’est de faire réagir», souligne Florent Geel en grillant une dernière cigarette devant le cinéma Le Louxor, nouveau temple rénové du septième art dans le quartier de Barbès à Paris. Ce n’est pas tous les jours que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) convie les journalistes à la projection d’un trailer qui copie le style des blockbusters hollywoodiens. Une bande-annonce qui obéit aux règles du genre, mais s’achève sur la mention : «Le seul film dont il faut empêcher la sortie.»

Et pour cause : son titre, Génocide au Burundi. Et son pseudo-auteur pas si fictif : Pierre Nkurunziza, l’actuel président du pays, qui en forçant le destin pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir, a plongé le Burundi dans un cauchemar de violences. Une répression aveugle qui depuis avril 2015 s’intensifie sans cesse, franchissant à chaque fois de nouvelles étapes vers le pire. Le 22 septembre, un rapport de l’ONU utilisait pour la première fois ce mot symboliquement lourd de sens : «génocide». Il n’a pas encore eu lieu, même si la liste des morts, des personnes détenues ou disparues, ne cesse de s’allonger. Même si la torture, qualifiée de «correction» est systématique. En réalité, «tous les instruments, tous les indices d’une dérive génocidaire sont là», s’inquiète Florent Geel, qui couvre le continent africain pour la FIDH.

«Massacre à huis clos»

D’où l’idée de cette fausse bande-annonce qui reprend les codes du cinéma pour alerter l’opinion publique et la communauté internationale sur «un massacre à huis clos» dans ce minuscule pays de l’Afrique des Grands Lacs, où les journalistes et les observateurs des droits de l’homme ne sont plus les bienvenus. D’ailleurs depuis la publication du rapport de l’ONU, les enquêteurs qui l’avaient rédigé ont été déclarés persona non grata. Et l’agence des droits de l’homme des Nations unies a été priée de plier bagage. Le film, ou plutôt le clip, ne contient aucune image violente. Ce qui n’empêchera pas certains de lever les yeux au ciel en suggérant un procédé «racoleur»«Mais comment fait-on aujourd’hui pour attirer l’attention sur un lointain petit pays africain menacé de génocide ? » rétorque Geel.

Génocide au Burundi sera diffusé sur les réseaux sociaux (#StopThatFilm), le site d’Allociné, dans certaines salles de cinéma parisiennes mais aussi sur un écran géant à Times Square à New York ce mardi, alors que le rapport de la FIDH sur le Burundi devait être évoqué aux Nations unies. Bien plus que le film, c’est ce rapport de synthèse sur la genèse du drame burundais et son péril génocidaire qui est au cœur de la campagne que lance la FIDH pour tenter de rompre l’indifférence et l’apathie de cette étrange entité appelée «communauté internationale».

Depuis soixante-dix ans, le mot «génocide» est devenu un mot contraignant pour cette dernière, impliquant l’impérieuse nécessité d’agir. «Nous ne l’employons pas à la légère à la FIDH», rappelait Florent Geel lors de la conférence de presse organisée au Louxor. «La dernière fois c’était en 1993», ajoute-t-il.

A l’époque, il s’agissait du génocide en préparation au Rwanda. Résultat : 800 000 morts en seulement trois mois en 1994. Le même phénomène est-il en train de se reproduire vingt-deux ans plus tard au Burundi, pays voisin du Rwanda ? Pas exactement même si les similitudes existent. Ne serait-ce que parce que dans un cas comme dans l’autre «la connotation ethnique» est un leurre qui cache des enjeux bien plus politiques.

«Paranoïa du régime»

Au Burundi, tout dégénère au printemps 2015 : après avoir achevé les deux mandats autorisés par la Constitution à la tête de l’Etat, le président Pierre Nkurunziza refuse de quitter le pouvoir et va bientôt changer la loi fondamentale pour pouvoir rempiler. Provoquant ainsi d’immenses manifestations, principalement à Bujumbura, la capitale. Elles seront férocement réprimées. Puis un quarteron d’officiers opposés au passage en force du Président tentera en mai 2015 un coup d’Etat qui va échouer. «Ce sera le déclencheur de la paranoïa du régime», explique Florent Geel. «De la répression des manifestations, on passe alors à la répression massive de la population.» Mais pour légitimer cette violence d’Etat, la propagande va de plus en plus stigmatiser la minorité tutsie. Tentant ainsi de susciter l’«union sacrée» de la majorité hutue.

«Ce qui est tragique, c’est que le régime Nkurunziza instrumentalise ainsi l’histoire en essayant de réveiller les mauvais souvenirs d’une guerre civile qui fait plus de 300 000 morts en dix ans. Son leitmotiv c’est « Autrefois les Tutsis avaient le pouvoir et aujourd’hui ils veulent le reprendre. Agissons avant qu’ils nous tuent »», déplore encore Florent Geel. En réalité, la propagande ne prend pas tant que ça. Les Burundais ont encore en mémoire les ravages de la guerre civile et ne se laissent plus subjuguer par les faux-semblants ethniques. C’est la raison pour laquelle le régime a recours, au côté des forces de sécurité, à des milices, les Imbonerakure, lesquels sèment la terreur sur les collines. «Aujourd’hui, on peut être arrêté sans justification, torturé puis disparaître sans laisser de traces», constate Anschaire Nikoyagize, président d’Iteka, la plus ancienne organisation de défense des doits de l’homme burundaise, présent lui aussi à la tribune du Louxor.

Troisième vague de répression massive

Comme l’écrasante majorité des militants des droits de l’homme et des journalistes indépendants, il a dû fuir son pays, n’oublie pas qu’une de ses collaboratrices a disparu un beau matin sans laisser de traces. Depuis Kampala, en Ouganda, où il vit désormais, Anschaire Nikoyagize continue tant bien que mal à collecter des informations grâce à de courageux bénévoles qui risquent leurs vies en brisant le silence imposé par les autorités. Lesquelles ont également tiré les leçons de la troisième vague de répression massive (après les manifestations et après la tentative de coup d’Etat) en décembre 2015 : «Plus de 150 personnes ont alors été exécutées à bout portant en quelques jours. L’indignation de la communauté internationale a été pour la première fois très forte et audible. Depuis, les autorités agissent plus discrètement. On ne tue plus massivement mais ici et là, chaque jour», souligne Florent Geel. Reste des signes qui ne trompent pas : en chassant les enquêteurs de l’ONU, mais aussi en décidant de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), le régime Nkurunziza a «franchi depuis un mois, un nouveau seuil», constate le responsable Afrique de la FIDH.

Et puis il y a cette décision administrative, également récente, qui renforce encore les inquiétudes : le président du Sénat vient d’ordonner le recensement ethnique de tous les fonctionnaires dans les administrations et services publics. «Quand on fait des listes c’est pour s’en servir», résume Florent Geel. D’ores et déjà, en un an et demi, on compte plus d’un millier de morts, plus de 8 000 arrestations et entre 300 à 800 disparitions. «C’est le minimum de ce qu’on sait», précise Geel. Qui arrêtera Pierre Nkurunziza dans sa spirale meurtrière ? «Born again» évangéliste, convaincu que son destin est un choix de dieu, l’homme fort du pays vit lui-même isolé dans son fief provincial, loin de la capitale Bujumbura, à Gitega, qu’ils envisageraient d’ériger en nouvelle capitale d’un pays économiquement ruiné et paralysé par la peur. En paraphrasant la bande-annonce d’un autre film célèbre, on pourrait constater : «Sur les collines, personne ne vous entend crier.»

Par Maria Malagardis 15 novembre 2016 à 18:52, http://www.liberation.fr/planete

7 réflexions sur “Burundi : «Comment attirer l’attention sur un petit pays africain menacé de génocide ?»

  1. En Irak, on a assassiné Sadam Hussein sur base de faux écrits comme celui-ci, on est venu s’excuser mais le mal était déjà commis.Jusqu’à maintenant , c’est l’enfer. En Libye …même chose et partout ailleurs.Vous pensez que le monde vous appartient.les choses évoluent.Contrairement à vos attentes, le génocide du Burundais contre Burundais n’aura pas lieu.

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  2. Pure Montage…
    Le monde n’est pas constitué d’idiots que vous pouvez tromper indéfiniment.
    vous évoquez les tueries de 2015, vous ommettez volontiers plus de 150 bomber grenades qui ont été lancés aux marchés par les sindumuja. les images des gens brûlé vif par les sindumuja sous vos camera….et puisqu’il n y a pas de morts depuis janvier 2016…c’est amer de consommer la défaite on le sent…
    le Burundi n’est pas le Rwanda…vous avez gagné avec le génocide rwandais.
    le monde commence à voir la vérité. inutiles de s’amuser à mentir.

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  3. Pures mensonges !!!!
    Depuis le début de la crise je vis à Bujumbura. je travaille avec des collègues d’ethnies opposé..on vit en harmonie.. on fête ensemble.
    Ligue Iteka et autres organisations ont voulu depuis longtemps voir le Burundi dans le sang. aucune image des gens brûlé s vif n’est évoqué alors que les images sont sur YouTube. 160 grenades lancés aux marchés tuant les femmes vendeuses vous omettez volontiers ce terrorisme et comme on les a arrêtés vous vous fâcheux contre les autorités qui ont arrêté ce plan. cet commission montre clairement que vous étiez de mèches avec ces tueirs.
    on parler des morts, torturés. où sont ces listes car les gens tués ou violés ont des noms? Pures montages!!!!
    on parle tjrs de 2015 comme preves, car en 2015 c’était leur plan qui a échoué.
    nous sommes en paix.. Direz nous au-moins un noms de tuerie depuis janvier 2016!.inutile de nous faire monter les uns des autres. le Burundi n’est pas le Rwanda de 1994. on vous demande tout simplement d’évoluer dans vos mentalité s.
    on ne vous demande pas d’aimer notre président de la république. Mais arrête de vous moquer des gens avec un montage. Le monde qui lu vos rapport ne sont pas des idiots!!!
    peux tu me dire où on tue en masse et on laisse les écoles ouverts? même un coup de feu ferme immédiatement les écoles !
    c’est ridicule, il n yaura jamais de Génocides. Ce plan à échoué… inutile d’enrouler le monde. ce ne sont pas des Idiots la vérité fini par triompher.

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  4. FIDH. Lies and wrongs. Those are are old ways used by the imperialists to fail governments around the world. Just continue as you wish. at the moment, FBI and CIA have already revealed the secrets used to overthrow any government in the world. You are still there wanting to fail the government of Burundi up to now. For your information, the government of Burundi was fairly elected by the people of Burundi. And no body in this world can fail the will of the people of Burundi. I hope you got it. Inform well the Neocolonialists now. Imperialists and Neocolonialists are on the verge of collapsing with their ideologies.

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      • Hi Jean. I think you have said it. But the problem is to know who is the killer. The desperation makes you think that the government of Burundi is the killer. Because you don’t want to support the will of the people of Burundi. Still using the old methods of overthrowing governments from Power. At the moment this way has failed in Burundi case. Clinton Dynasty and Obama administration have ended. The new era is up to the horizon. You have chosen to remain in the darkness while chanting about light. The truth shall triumph. But which truth? Yours or the will of the People of Burundi? The President of Burundi is the will of the People of Burundi. You as an individual or a group of wrongdoers you may say no but it may not stop the will of the People of Burundi. Using FIDH as a way of trying to overthrow the government of Burundi is an old method used by the Imperialists and the neocolonialists.

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