Pourquoi ma connexion Internet est toujours lente au Burundi, alors qu’il y a la fibre optique ?

burundi-fibre-optiqueLe Burundi, un des plus faibles taux de pénétration de l’internet en Afrique : 0,21%. En 2007, la part des technologies de l’information et de communication (TIC) dans le PIB était de 1,8%. Aujourd’hui, presque dix ans après, il est à 2,8%. Pourtant le Burundi a une des plus fortes densités du réseau de fibre optique (FO) en Afrique, environ 6.000km sur une superficie de 27.834 km2.

Pour comprendre le secteur, il faut en dresser la topo: il existe trois opérateurs dans le domaine de la FO. Burundi Backbone System  (BBS), l’Office National des Télécommunications (Onatel) qui exploite le Metropolitain Aeria Network (MAN), et  Viettel.

Fonctionnel depuis 2013, la société mixte BBS dispose d’une dorsale nationale à FO longue  de 1.250 Km à travers tout le territoire burundais, connectant ainsi toutes les provinces du pays ; avec un nœud d’accès au réseau à chaque chef-lieu de provinces. Cette dorsale dispose de six nœuds de connexion avec les pays voisins.

Ce réseau désenclave le pays car  il le connecte sur les FO  sous-marines qui longent la côte est-africaine à partir de Mtuzini en Afrique du Sud jusqu’à leur point d’atterrissement à Djibouti: les câbles EASSY (East African Submarine System) et SEACOM.

Ainsi, le Burundi dispose de deux routes. L’une qui  le connecte aux FO transcontinentales à partir de Mombassa via le Rwanda et l’Ouganda et l’autre à travers la Tanzanie. Les deux routes connectent le Burundi aux différentes fibres de l’EAC.

MAN, un réseau métropolitain 100% étatique

Le second opérateur dispose d’un réseau métropolitain long  de 250km.  Lors de sa construction en 2014,  il a tenu compte  du développement urbanistique de l’agglomération de Bujumbura. Le réseau MAN est 100%  étatique et a été rétrocédé à l’Onatel par l’Etat.  Ce réseau a été construit par l’équipementier chinois, Huawei. Le réseau a été commandé par le gouvernement pour compléter le réseau BBS et permettre à la ville de Bujumbura de disposer d’un réseau permettant à ses habitants, aux entreprises et aux administrations de bénéficier de la connexion aux services internet abordable.

Fonctionnel depuis 2015, Lumitel qui est une société du groupe vietnamien Viettel est le dernier né dans le domaine de la FO. Il totalise 3.200 km de câbles à travers tout le pays.  En plus, il dispose de plus de 1.500km de fibres reliant Kobero (côté burundais de la frontière avec la Tanzanie) à Dar-Es-Salam, connectant ainsi le Burundi sur les fibres sous-marines EASSY, SEACOM et TEAMS sans passer par le réseau tanzanien NICTBB (National ICT Broadband Backbone) géré par l’opérateur historique TTCL ( Tanzanian Telecom Company Limited.)

Ces trois réseaux maillant l’ensemble du territoire burundais sont longs d’environ 6000 Km. Et au vu de la superficie du pays,  cela  confère au Burundi une position du pays africain avec  la plus forte densité FO.

A titre comparatif, le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda ne disposent respectivement qu’autour de 2000,  4000 et  6000 Km  de FO.

Pourquoi ma connexion est lente alors que j’ai la fibre optique ?

Certes, les prix d’achat ont sensiblement chuté avec l’introduction de la FO pour les opérateurs et les fournisseurs d’accès internet (FAI).

Avant, avec la connexion satellitaire, une société comme Onatel achetait un mégabyte (Mbps) à 1800 USD chez l’opérateur satellite basé en Floride aux Etats Unis. Le même mégabyte était vendu par Onatel auprès de ses clients autour de 2.000 à 2.500 USD pour une connexion dédiée et 900 à 1200USD pour la connexion mutualisée à un taux de contorsion de 3 à 5 .Cela veut dire qu’un méga est  distribué de 3 à 5 personnes.

Dans ce dernier cas, les autres opérateurs comme CBinet ou Spidernet  revendait le même méga entre 3.600 et 6.000 USD alors qu’il a l’acheté à  1.800 USD.

En 2013, avec l’avènement de la FO au Burundi, le prix d’acquisition d’un mégabyte pour un opérateur est passé de 1800 $ à de 87 $ ! Ce n’est pas pour  autant que le consommateur final a ressenti cette chute vertigineuse du prix de l’internet. Au contraire, les prix sont restés élevés pour le bénéficiaire final qu’est l’entrepreneur, les services gouvernementaux et la population en général.

BBS achète à  Kobero un Mbps à 87 $ et vend au gouvernement, aux opérateurs de téléphonie mobile (EconetLeo, Onatel, Smart) et aux FAI notamment Cbinet et Spidernet à 216 $ le mégabyte par seconde.

A leur tour, les FAI revendent  le même mégabyte  acheté à 216 entre 500 et 600 $ et cela à trois  jusqu’à cinq clients. Du coup, ils en tirent un chiffre d’affaires par méga avoisinant 1500 et 2.500, voire même 3.000 $. Faramineux !

Des allégations, rien que des allégations

Les opérateurs BBS et  Onatel ainsi que les FAI avancent la cherté de la transmission des données (transport) de Kobero à Bujumbura (230Km) pour expliquer ces prix élevés :105 $ pour la bande passante et 111 $  pour la transmission sur le réseau de BBS.

C’est vrai que transporter un mégabyte internet  de Dar-Es-Salam jusqu’à Kobero (1500 Km) est moins cher aujourd’hui (79$) que transporter ce mégabyte  de Kobero à Bujumbura (220 Km). Étonnant !

Selon l’opérateur des services internet choisi, pour avoir aujourd’hui une connexion chez un particulier,  il faut au moins compter 200 $ : frais d’installation composés de 100 $ pour l’acquisition du router afin de diffuser le signal en wifi, et 100 dollars pour l’access-point, un équipement de réception du signal.

A cela, il faut y ajouter en moyenne 100 $ par mois pour la connexion internet de moins de 512Kbps. Pour une entreprise, la connexion est à prix d’or : entre 400 et 800 $ par mois.

Somme toute, les opérateurs ont trouvé un moyen  de se faire de l’argent en gardant de confortables marges et cela au détriment du consommateur final, en général, et de l’économie burundaise en particulier.

2 réflexions sur “Pourquoi ma connexion Internet est toujours lente au Burundi, alors qu’il y a la fibre optique ?

  1. Merci Philippe pour ton article et pour être sinon le premier, en tout cas un des rares à jetter un peu de lumière sur un domaine aussi clé, mais aussi mal connu du grand public, même des consommateurs de ces Mbps et Kbps. D’emblée, ce qui étonne est que l’Etat, celui là même qui avait investi dans le réseau FO pour, au final, pouvoir profiter et faire profiter à sa population d’une connexion rapide et moins onéreuse, reste le plus grand perdant. Mais à qui profite ces marges de gain plutôt exorbitantes? Quel devrait être le rôle de l’autorité de régulation dans tout ça? A moins que ce ne soit la volonté du Gouvernement, il possible de mettre de l’ordre dans cette histoire. Mais si ce dernier n’a pas la maîtrise des prix appliqués, et partant celle des enjeux économiques et financiers y relatifs, les pêcheurs en eau trouble ont encore de beaux jours à profiter du paradis burundais sur le dos du contribuable (entrepreneur et consommateur lambda).

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